La dernière assemblée de copropriété du 14 fut haute en couleur, en rebondissements, en sourires entendus ou non, en chuchotements, en portable auquel on répond ou non, en tout cas un air de salle de classe où dissipés et timides tentent de s'entendre, comme tous les ans.

© Fontanka
Neuf ans déjà qu'une poubelle à verre est suggérée, mais invariablement refusée pour son côté bruyant (il semble pourtant que la nature profonde de ce grand bac en plastique soit silencieuse). Il faudra continuer à passer pour l'alcoolique de service et s'en aller, 400 mètres plus loin, pousser une à une les bouteilles dans une chute retentissante. Quatre fois ont suffi à la poubelle à papier pour se voir accueillie et généreusement remplie jusqu'à la gueule. Mais cette année, stupéfaction : l'idée est si vite acceptée qu'il est impossible d'en connaître la source. Il y a bien des sceptiques mais ils acceptent sans réelle discussion. Un putsch ? une révolution ? une évolution ?
Dans les parties communes, l'électricité est fichue ; les habitants s'en étaient facilement rendu compte, une guirlande pendue du dernier étage éclaire depuis peu toute ascension. L'enthousiasme modéré quant aux travaux et à la facture à venir, semble approprié à la situation. La surprise arrive lorsque le syndic de l'immeuble propose une solution. Son rôle, après tout, pense l'assemblée impatiente.
Et si la minuterie était supprimée pour être remplacée par un détecteur qui, au lieu d'allumer avec faste et démesure toutes les ampoules de l'immeuble, n'allumait la lumière que sur le passage des habitants ? Oui monsieur, comme dans l'entrée, exactement (il y en a qui suivent). S'arrêtant au troisième, les étages supérieurs restent dans le noir. Une dame est alors rassurée de savoir que personne ne peut l'attendre tapi dans l'ombre grâce, justement, au détecteur ! Et là, estocade, bouquet final, apothéose, le système étant bien entendu compatible avec les ampoules basse consommation, les copropriétaires en liesse (j'exagère juste un peu. Ou alors je projette.) acceptent le projet à l'unisson, même si on ne leur demandait que l'unanimité.
Après quelques semaines où a régné dans l'escalier une ambiance d'hôpital des années 60, les ampoules furent changées pour un coloris plus flatteur mais tout aussi peu gourmand. Ça donnerait - presque - envie de retourner à la prochaine assemblée pour connaître les économies réalisées.
Ah oui, si dans le même esprit on pouvait remplacer les ampoules halogènes de l'ascenseur …
Ecology is... Animation by Lukasz Szozda